Monsieur le Président de la République,
Permettez-moi, à travers cette lettre ouverte, de vous adresser mes sincères félicitations. Vous êtes aujourd’hui engagé sur une longue route, jalonnée de défis, de responsabilités et d’épreuves. Sur ce chemin, vous rencontrerez des cadres compétents comme des cadres défaillants, des conseillers animés par l’intérêt général comme d’autres mus par des ambitions personnelles, des collaborateurs loyaux comme des opportunistes.
Il est important de rappeler qu’aucun parti politique ni aucune action humaine isolée ne vous a porté à la tête de l’État. C’est le peuple guinéen, dans son ensemble, qui vous a confié une part de sa souveraineté, par la volonté divine. Cette confiance sacrée impose une gouvernance fondée sur l’intérêt général, la justice et l’équité, loin de toute logique partisane.
Depuis l’avènement de la transition, des acquis notables ont été enregistrés et méritent d’être rappelés. Le retour de l’autorité de l’État, la restauration de la dignité de certaines institutions républicaines, la lutte affichée contre la corruption, l’assainissement progressif de la gestion publique ainsi que la volonté de refonder l’État sur des bases plus solides constituent des avancées saluées par une grande partie du peuple guinéen. Les vastes chantiers d’infrastructures engagés, la relance de projets structurants et l’ambition de doter la Guinée d’un cadre institutionnel rénové traduisent une rupture avec certaines pratiques du passé.
Pour que cette dynamique porte durablement ses fruits, il est indispensable que vous vous entouriez d’hommes et de femmes capables de servir loyalement la Nation, et non de personnes cherchant à se servir du pouvoir. L’Histoire politique de la Guinée nous enseigne que les échecs du passé ont souvent été la conséquence de mauvais choix d’hommes plutôt que du manque de ressources ou de potentialités.
Nous faisons partie de ces Guinéens qui ont vécu plusieurs régimes et observé les hauts comme les bas de notre pays. Forts de cette expérience, nous vous invitons à écouter toutes les voix, à entendre les critiques constructives, puis à faire la synthèse avec sagesse afin de retenir ce qui est bénéfique pour le peuple qui vous a confié son destin.
Il est vrai que certains Guinéens ne vous ont pas soutenu au départ, tandis que d’autres vous ont accordé leur confiance. Désormais, votre mission dépasse les clivages : elle consiste à rassembler tous les Guinéens autour d’une même vision, pour une Guinée unie, indivisible, apaisée et tournée vers l’avenir. Les soutiens de la première heure ne sauraient tous être récompensés par des postes stratégiques ; le développement durable exige compétence, mérite, intégrité et patriotisme.
Monsieur le Président, vous avez aujourd’hui la responsabilité de poursuivre, consolider et approfondir les réformes déjà amorcées. Dans le secteur minier, pilier essentiel de l’économie nationale, l’ouverture à des investisseurs sérieux, guinéens comme étrangers, doit s’accompagner d’une gouvernance transparente afin que nos immenses ressources naturelles deviennent un véritable levier de développement au bénéfice des populations.
Sur le plan sécuritaire, des avancées méritent d’être saluées, notamment au niveau de la Police nationale, longtemps reléguée au second plan. La récente nomination du Directeur général de la Police a contribué à instaurer un climat d’accalmie, en particulier à Conakry. Il est désormais nécessaire de doter cette institution, à travers le ministère de la Sécurité, de moyens matériels et humains adéquats afin d’assurer pleinement la protection des citoyens et de leurs biens.
S’agissant de la Gendarmerie nationale, cette force d’élite dispose aujourd’hui de ressources renforcées. Son rôle stratégique dans la sécurisation du territoire doit être davantage consolidé. Toutefois, aucune réforme ne saurait être durable sans une justice indépendante, crédible et forte. Il est impératif de donner à l’institution judiciaire les moyens nécessaires pour fonctionner efficacement, dans l’intérêt supérieur de la République et de l’État de droit.
Monsieur le Président de la République, mettez tout en œuvre pour une gestion saine, équitable et responsable de la Guinée. L’Histoire jugera votre action non à l’aune des discours, mais à celle des résultats concrets obtenus pour le bien-être du peuple guinéen et pour les générations futures.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre profond respect et de notre attachement à la paix, à l’unité nationale et au progrès de la Guinée.






