Conakry – Ce qui devait être un simple mécanisme de financement agricole s’est progressivement transformé en une affaire financière complexe impliquant plusieurs institutions bancaires et la Chambre nationale d’agriculture de Guinée. Notre enquête revient sur les contours d’un prêt de 14 millions de dollars américains, dont le remboursement soulève aujourd’hui de sérieuses interrogations.
Aux origines : une demande de financement agricole
Tout commence en 2021, lorsque la Chambre nationale d’agriculture de Guinée (CNA) exprime le besoin de mobiliser des ressources financières importantes pour soutenir une campagne agricole nationale. L’objectif affiché : l’acquisition d’intrants agricoles, notamment des engrais, pesticides et autres produits nécessaires à l’amélioration des rendements agricoles.
Dans cette optique, une démarche est engagée auprès de l’African Export-Import Bank (Afreximbank) en vue de contracter un emprunt d’un montant de 14 millions USD. Mais selon nos informations, la banque panafricaine se montre réticente à accorder directement un prêt à une institution consulaire, en l’absence de garanties institutionnelles jugées suffisantes.
Le rôle clé d’Afriland First Bank
Face à cette réserve, une alternative est explorée. La Chambre nationale d’agriculture se tourne alors vers Afriland First Bank Guinée, sollicitée pour jouer le rôle de banque intermédiaire et de garant institutionnel auprès d’Afreximbank.
Comme cela est d’usage dans ce type d’opération, des mécanismes de sécurisation du crédit sont envisagés, incluant notamment des garanties souveraines ou des dispositifs assimilés, destinés à protéger la banque prêteuse en cas de défaillance de l’entité bénéficiaire.
Selon des sources proches du dossier, Afreximbank aurait officiellement saisi la Banque centrale afin de s’assurer de la conformité des mécanismes de crédit et de la faisabilité de l’opération. À l’issue de ces échanges, une convention bancaire est conclue entre Afreximbank et Afriland First Bank, permettant l’ouverture d’une ligne de crédit logée chez Afriland First Bank Guinée.
Mise à disposition des fonds et engagements contractuels
Les fonds, une fois débloqués, sont mis à la disposition d’Afriland First Bank Guinée, qui procède à son tour au financement de la Chambre nationale d’agriculture. Un schéma de remboursement est alors établi :
à chaque échéance, les montants dus devaient être encaissés sur des lignes dédiées, afin de permettre à Afriland First Bank de respecter ses engagements vis-à-vis d’Afreximbank.
Ce montage financier, validé par des échanges de courriers entre les différentes parties, semblait à l’origine offrir toutes les garanties nécessaires à un remboursement fluide et sécurisé.
Des dysfonctionnements dans le remboursement
Mais depuis un certain temps, le mécanisme semble grippé. D’après nos sources, la Chambre nationale d’agriculture refuserait ou tarderait à honorer ses obligations de remboursement sur les lignes initialement prévues à cet effet.
Plus troublant encore, il nous revient que d’autres lignes d’encaissement de fonds auraient été ouvertes, en dehors du circuit convenu, suscitant des soupçons de contournement des engagements contractuels liés à l’emprunt des 14 millions USD.
Ces pratiques, si elles venaient à être établies, poseraient la question du respect des accords financiers, mais aussi celle de la traçabilité des fonds publics ou parapublics mobilisés dans le cadre de cette opération.
Silences et attentes
Pour l’heure, aucune communication officielle détaillée n’a été faite par les parties concernées afin d’éclairer l’opinion publique sur l’état réel de la dette, les montants déjà remboursés ou les responsabilités exactes dans les retards constatés.
Cette affaire intervient dans un contexte où la gouvernance financière, la gestion des ressources agricoles et la redevabilité des institutions sont au cœur des préoccupations nationales.
Une affaire à suivre
L’affaire des 14 millions USD soulève de nombreuses questions :
Où en est exactement le remboursement du prêt ?
Quels mécanismes de contrôle ont été activés ?
Les fonds ont-ils été utilisés conformément à leur destination initiale ?
Autant d’interrogations qui appellent des réponses claires et documentées. Notre rédaction continue de suivre ce dossier de près.
Affaire à suivre…






