Billy Keita par la Tribune du GMD.
Depuis plusieurs semaines, le débat sur la pénurie de liquidités en République de Guinée agite l’opinion publique, les réseaux sociaux et certains médias. Dans cette tempête de commentaires, la Banque Centrale de la République de Guinée et son gouverneur Karamoko Kaba se retrouvent souvent au centre des critiques.
Pourtant, une analyse attentive des données disponibles invite à poser une question beaucoup plus fondamentale : si la Banque centrale a injecté d’importantes liquidités dans le système bancaire, où ces ressources ont-elles réellement disparu ?
Selon des documents consultés et analysés par La Tribune du GMD, des montants considérables ont été mis à la disposition des banques commerciales à travers les guichets de la direction de l’agence principale. Entre janvier 2025 et mars 2026, près de 908 milliards de francs guinéens auraient été injectés pour soutenir la circulation monétaire et répondre aux besoins des banques primaires.
Dans tout système financier, la logique est simple : la banque centrale fournit les liquidités aux banques commerciales, qui les redistribuent ensuite à leurs clients entreprises, commerçants, particuliers. Une partie de ces fonds retourne ensuite naturellement dans les banques à travers les dépôts et les transactions.
Mais lorsque les liquidités disparaissent du circuit bancaire, deux phénomènes peuvent se produire.
Le premier est la thésaurisation, pratique fréquente dans les économies où la confiance dans les institutions financières reste fragile. Les agents économiques préfèrent conserver l’argent liquide en dehors des banques.
Le second est la forte domination du secteur informel, qui absorbe une grande partie des flux monétaires sans les réinjecter dans le système bancaire formel.
Dans ces conditions, accuser exclusivement la Banque centrale revient à ignorer la complexité du circuit monétaire.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Mamadi Doumbouya, plusieurs réformes ont été engagées pour moderniser l’architecture financière du pays : promotion des paiements électroniques, renforcement de la supervision bancaire et digitalisation progressive des transactions.
Ces initiatives visent précisément à réduire la dépendance excessive à l’argent liquide, l’un des défis structurels de nombreuses économies africaines.
La controverse actuelle révèle surtout une réalité : le problème des liquidités ne se résume pas à l’action d’une institution. Il concerne l’ensemble de l’écosystème financier banques commerciales, acteurs économiques et circuits informels.
Dans ce contexte, la question essentielle demeure :
les milliards injectés par la Banque centrale se perdent-ils dans les banques primaires, ou se diluent-ils dans l’économie informelle ?
Répondre sérieusement à cette interrogation est indispensable pour restaurer la confiance dans le système financier guinéen et pour éviter que le débat public ne se transforme en procès d’intention.
Signé : La tribune du GMD.
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