À la table ronde de l’OGCE, le PDG d’UMS Group Africa a mis en avant le rôle de la filière bauxitique dans la création d’emplois, le développement des infrastructures et la mobilisation des recettes publiques. Il a également insisté sur la formation des compétences guinéennes, l’amélioration des pratiques environnementales et l’accélération de la transformation industrielle.

La croissance de l’industrie minière guinéenne et sa contribution à l’économie nationale ont été au cœur de l’intervention de Fadi Wazni, PDG d’UMS Group Africa, lors de la table ronde organisée par l’Observatoire guinéen du contenu local (OGCE).
Dans une intervention axée sur les retombées économiques de l’exploitation minière, le dirigeant a invité les participants à prendre en compte les emplois générés, les entreprises de sous-traitance développées, les infrastructures financées par le secteur privé et les perspectives de transformation locale de la bauxite.
Tout en reconnaissant l’existence de nombreux défis, Fadi Wazni a estimé que la Guinée disposait d’atouts importants pour faire de son industrie minière un véritable levier de développement économique.
la bauxite, un moteur de création d’emplois
Pour le PDG d’UMS Group Africa, la particularité de la filière bauxitique réside notamment dans ses besoins importants en main-d’œuvre et en services spécialisés. L’exploitation du minerai mobilise des entreprises intervenant dans plusieurs domaines, notamment le transport, la logistique et la sous-traitance.
Selon lui, cette dynamique contribue à la création d’un tissu économique autour des sociétés minières, avec des emplois directs et indirects ainsi que des opportunités pour les entreprises guinéennes.
Fadi Wazni a ainsi insisté sur la nécessité de considérer l’ensemble de cet écosystème pour évaluer les retombées de la bauxite. Au-delà de l’extraction, il s’agit de mesurer les emplois et les services générés tout au long de la chaîne d’exploitation.

Cette réalité représente, à ses yeux, une opportunité pour le développement du contenu local, à condition que les entreprises nationales puissent progressivement renforcer leurs capacités techniques, organisationnelles et financières.
des infrastructures financées par le secteur privé
Autre point central de son intervention : les infrastructures nécessaires au développement de l’industrie minière.
Routes, chemins de fer, installations portuaires et équipements logistiques constituent des investissements lourds indispensables à l’exploitation et à l’acheminement des minerais. Fadi Wazni a souligné que plusieurs infrastructures avaient été financées par les opérateurs privés, limitant ainsi le recours direct à l’endettement public pour leur réalisation.
Il a également évoqué l’importance de ces investissements pour l’organisation des activités économiques et le développement des services autour des zones minières.

Selon les projections présentées lors de son intervention, les exportations guinéennes de bauxite pourraient atteindre environ 200 millions de tonnes en 2026. Il a comparé cette évolution aux volumes exportés une décennie auparavant afin d’illustrer l’expansion rapide de la filière.
Pour le dirigeant, ces investissements participent à la transformation du paysage économique guinéen. Il a notamment établi un parallèle avec les projets liés au minerai de fer, où le développement des infrastructures et la préparation des activités de transformation industrielle occupent également une place importante.
les recettes minières, un enjeu majeur pour les finances publiques
Fadi Wazni a également mis l’accent sur les recettes que la filière bauxitique peut générer pour l’État guinéen.
Il a rappelé le rôle de l’évolution du cadre fiscal minier, notamment les mécanismes de taxation liés aux volumes extraits et exportés ainsi que leur indexation sur les cours de référence de l’aluminium.
Sur la base des chiffres avancés au cours de son intervention, le dirigeant a estimé qu’avec un volume d’exportation de 200 millions de tonnes et une contribution moyenne d’environ six dollars par tonne, les recettes associées à ce mécanisme pourraient représenter près de 1,2 milliard de dollars.
Il a également évoqué les dépenses réalisées auprès des entreprises locales, évaluées à environ 2,5 milliards de dollars. Il a souligné que les retombées fiscales ne se limitent pas aux paiements directs des sociétés minières, puisque les activités des sous-traitants et des autres entreprises liées à la filière participent également à la circulation des revenus dans l’économie nationale.
Ces montants correspondent aux estimations présentées par Fadi Wazni lors de la table ronde. Ils mériteraient d’être rapprochés des données officielles afin d’établir un bilan consolidé des contributions du secteur minier.
la transformation locale, prochaine étape stratégique
Au-delà de l’exportation du minerai brut, le PDG d’UMS Group Africa a insisté sur les perspectives offertes par la transformation industrielle de la bauxite.
Il a évoqué les projets de raffineries d’alumine annoncés en Guinée, dont celui auquel son groupe participe avec ses partenaires. La mise en service de leur installation serait envisagée à l’horizon de fin 2027.
Pour Fadi Wazni, la transformation locale représente un changement d’échelle pour l’économie guinéenne. Elle permettrait de développer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, tout en créant de nouveaux besoins en ingénieurs, techniciens et personnels spécialisés.
Il a également souligné la dimension stratégique de l’alumine pour les marchés internationaux, notamment européens. Le développement de capacités industrielles en Guinée pourrait ainsi contribuer à diversifier les débouchés commerciaux et à renforcer la place du pays dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le dirigeant a toutefois reconnu que la production d’aluminium à partir de l’alumine constituerait un défi industriel supplémentaire. Selon lui, franchir progressivement les différentes étapes de la chaîne de valeur représente déjà une avancée importante pour consolider la base économique nationale.
Il a enfin établi un parallèle avec le minerai de fer, pour lequel des réflexions sur la transformation locale, notamment la production de pellets et le développement d’unités sidérurgiques, sont également engagées.
sous-traitance : privilégier l’accompagnement et la montée en compétences
Sur la question du contenu local, Fadi Wazni a défendu une approche axée sur l’accompagnement des entreprises sous-traitantes et le renforcement progressif de leurs capacités.
Reconnaissant que les exigences techniques, opérationnelles et environnementales peuvent représenter des défis pour certains opérateurs, il a appelé à privilégier la pédagogie et l’amélioration progressive des pratiques, plutôt qu’une approche exclusivement coercitive.
Il a notamment souligné le rôle que peuvent jouer les services de l’État et les organismes de régulation dans l’accompagnement des entreprises, la clarification des normes et le suivi de leur application.
Concernant l’environnement, il a reconnu que des efforts restaient nécessaires, tout en affirmant avoir observé des progrès dans les pratiques de certaines sociétés au cours des dix dernières années. Il a plaidé pour la poursuite de cette dynamique afin de rapprocher davantage les opérations minières des standards internationaux.
Cette approche doit, selon lui, s’accompagner d’un investissement soutenu dans la formation et le développement des compétences locales.
former les techniciens guinéens pour accompagner l’industrialisation
Le développement des raffineries d’alumine nécessite des ressources humaines qualifiées, capables d’assurer le fonctionnement et la maintenance des installations industrielles.
À ce titre, Fadi Wazni a annoncé l’ouverture prochaine à Boké d’un centre de formation consacré aux métiers liés à l’alumine. Cette structure est présentée comme un outil de préparation des ingénieurs et techniciens appelés à travailler dans les futures unités de transformation.
Cette initiative s’inscrit dans une logique d’adéquation entre les besoins des entreprises et les compétences disponibles sur le marché du travail guinéen.
Pour le PDG d’UMS Group Africa, la formation doit accompagner la croissance de la demande industrielle. À mesure que les projets se développent et que les exigences techniques augmentent, les entreprises nationales doivent pouvoir disposer de personnels qualifiés et de sous-traitants capables de répondre aux nouveaux standards.

Il a également exprimé sa confiance dans les capacités entrepreneuriales guinéennes, estimant que les entreprises locales pourraient, à terme, dépasser le marché national et proposer leurs services dans les pays voisins.
une industrie minière appelée à franchir une nouvelle étape
En conclusion, Fadi Wazni a défendu une lecture des performances minières qui intègre les investissements, les emplois, les infrastructures, les recettes publiques et les perspectives de transformation industrielle.
Son intervention à la table ronde de l’OGCE a mis en lumière plusieurs enjeux complémentaires : renforcer les entreprises de sous-traitance, améliorer les pratiques environnementales, investir dans la formation et accélérer la création de valeur ajoutée en Guinée.

Si les défis restent nombreux, notamment en matière de conformité aux normes, de compétences techniques et de transformation industrielle, le dirigeant estime que les bases d’une évolution progressive sont déjà engagées.
Pour la Guinée, l’enjeu est désormais de consolider ces acquis et de faire en sorte que la croissance des filières de la bauxite et du minerai de fer se traduise durablement par davantage d’emplois qualifiés, des entreprises nationales plus compétitives et une économie moins dépendante de l’exportation de matières premières brutes.
Ibrahima NDIAYE
Journaliste d’investigation – Mines, Environnement, Économie, Énergie et Relations communautaires
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